Ludwig - Parrot - gnifetti
4554 m
Le Spaghetti Tour
Le Spaghetti Tour est une traversée du massif du Mont-Rose, entre la Suisse et l’Italie. Un voyage spectaculaire entre sommets et refuges, avec plusieurs jours passés en haute montagne.
Jour 3
L’envie de quitter cette cabane est telle que j’en oublierais presque le programme du jour… et pas des moindres : trois sommets italiens et trois sommets suisses.
Après une descente par un chemin ressemblant quelque peu au Mordor, nous prenons pied sur une glace peu attirante. Mieux vaut passer tôt quand on voit le nombre de pierres venues de plus haut.
Puis une ambiance s’installe. Nous montons sans cesse, dans le silence et l’introspection pour une cordée, dans de grandes théories sur la science-fiction pour l’autre. Ces lieux inspirent. Pas de la même manière, mais ils inspirent.
Punta Giordani, Pyramide Vincent… Enfin un peu de rocher ! Cela faisait longtemps que nous n’en avions plus touché. Plus vu de végétation non plus, d’ailleurs. Ici, le paysage est devenu entièrement glaciaire : des sommets et de la glace à perte de vue.
Puis un nouveau compagnon s’invite : le vent.
Il nous suit, nous bouscule et donne une tout autre dimension à la journée. Nous poursuivons malgré tout vers le Corno Nero, le Ludwigshöhe, puis la majestueuse Pointe Parrot et sa superbe arête de neige.
Enfin, grandement méritée, la Pointe Gnifetti et la cabane Margherita, perchée à 4'554 mètres.
Je suis épuisé. Le vent n’a pas cessé, le brouillard et le froid sont de la partie et l’altitude est plus que présente. Après une bonne assiette de pâtes, je me blottis dans un lit et me concentre sur la récupération. Demain, la journée s’annonce longue et intense.
Vers 17h00, bonne surprise : un apéro est organisé pour le dernier soir d’ouverture de la cabane. On profite, on mange, on boit.
Je me rends aussi compte que nous ne sommes pas tous ici pour les mêmes raisons. L’ambiance est particulière et il est parfois difficile de ne pas porter de jugement. Alors je me recentre sur mes propres motivations, sur mon corps et sur ce qui m’a amené jusqu’ici.
Et finalement, je me dis surtout quelle chance j’ai de pouvoir être là, perché à 4'554 mètres, à manger une assiette de pâtes dans un endroit pareil.